Histoire

La Chatellenie de la Segrairie

Les Comtes du Maine possédèrent au moyen âge un « hostel et manoir » à La Fontaine Saint Martin. Ce domaine fut donné en 1466 par Charles d’Anjou, comte du Maine à Jean de Cherbaye son écuyer de cuisine. 

Telle est l’origine de la « terre, fief et seigneurie de La Fontaine Saint Martin ». Pour la distinguer de la seigneurie du prieuré du même nom, elle fut bientôt appelée la Ségrairie, du nom d’un office forestier de Longaunay. 

Le ségrayer ou sergent forestier était chargé de surveiller les forêts domaniales. 

Le manoir était attenant au bourg et n’était séparé que par un chemin de l’enclos du prieuré que les comtes du Maine avait détaché auparavant de leur domaine primitif. La province devint l’apanage des princes du sang. Philippe IV le Bel visita le Maine vers 1302 ou 1303, on a dit qu’il demeura six jours à La Fontaine Saint Martin. 

Les Valois se livrèrent souvent au plaisir de la chasse dans la forêt de Longaunay réputée très giboyeuse. 

Philippe VI fit quelques séjours dans le Maine, au Gué-de-Maulny et à La Fontaine Saint Martin. 

Les séjours de ce même prince devenu roi nous sont révélés par de nombreuses chartes ; elles se terminent ainsi « Donné à La Fontaine Saint Martin au Mayne l’an de grâce mil trois cent vingt neuf au mois d’aoûst (ou de septembre) ». 

Le premier seigneur de la Ségrairie fut Jean de Cherbaye, sa fille Marie épousa Jehan de Sanson. La Seigneurie de la Ségrairie resta dans cette famille jusqu’en 1609. 

Louis de Sanson qui habitait Amné-en-Champagne vendit le 22 octobre 1609 à Benjamin Aubery, écuyer, seigneur du Maurier, conseiller notaire et secrétaire du roi, maison et couronne de France, la terre et seigneurie de la Fontaine Saint Martin, autrement la Ségrairie, et la Ménaudière, composée d’une grande maison presque en ruine, parc, jardin, une autre maison au bourg, la métairie de la Ségrairie, la Rochelle etc… 

Le couvent

Au début du XIIè siècle Foulques V dit le jeune de la maison d’Anjou, était devenu comte du Maine par son mariage avec Eremburge de la Flèche. Eremburge était la fille d’Helie de la Flèche et de Mathilde de Château du Loir. 

Par une charte du 11 novembre 1117 jour de fête de Saint Martin, Foulques V et la comtesse sa femme donnent à l’abbaye de Saint Sulpice près de Rennes le lieu de la Fontaine Saint Martin. Ils font ce don pour le salut de leurs âmes et celles de leurs parents. Deux mois après, le 14 janvier 1118 Foulques et sa femme confirment cette donation à la Flèche, en présence de leur fils Geoffroy V Plantagenet.  

L’Abbaye de Saint Sulpice des bois fut fondée vers le milieu du Xème siècle. Elle fut rattachée plus tard à l’ordre de Saint Benoît par un moine Bénédictin Raoul de la Fustaye. Ce moine était le disciple de Robert d’Arbrissel le fondateur de Fontevrault. C’est Raoul de la Fustaye qui fut le fondateur de la Fontaine Saint Martin. 

Au début du XVIIème l’Abbesse de Saint Sulpice, Marguerite d’Angennes appliqua la réforme et la discipline dans les prieurés. 

Sous Marie de Rabodanges prieure de la Fontaine Saint Martin, le prieuré prit une extension considérable avec l’établissement d’un noviciat en 1664. 

La maison est grande avec de beaux dehors, l’Eglise est belle surtout le choeur magnifique, les religieuses ont droit certains jours de l’année d’aller chanter la messe à l’Eglise paroissiale. 

Des jeunes filles pensionnaires vinrent y recevoir l’éducation et l’instruction, certaines devinrent religieuses, d’autres se sont mariées dans l’Eglise du couvent. 

Enfin des dames pensionnaires vinrent finir leurs jours dans le calme de ce monastère. La prieure Louise Marie Madeleine de Broc, ainsi que ses religieuses durent quitter le couvent à la révolution. 

La maison et tous les biens du prieuré furent mis en vente comme biens nationaux dès 1791. Fin 1792 la maison conventuelle de la Fontaine Saint Martin, cours, jardins, parc, futaie, avenue etc… fut vendue 36 200 l à M. Louis Charles receveur de l’enregistrement de la Flèche. Celui ci s’empressa de démolir l’Eglise et une grande partie des bâtiments. Certains éléments servirent pour la construction de quelques maisons du bourg. 

En 1826 le couvent est acheté par Pierre Leger Cintrat ancien régisseur du château de Courcelles. 

En 1845 M. Ambroise de la Porte Conseiller Général Maire de Oizé en devient propriétaire. En 1860 M. Latouche Maire de la Flèche l’achète et l’habite pendant la construction du Maurier. 

En 1889 il vient par héritage dans la famille de Linière. Les derniers bâtiments du couvent, en mauvais état furent démolis en 1903.  

Le Fief du Maurier

La paroisse de la Fontaine Saint Martin comprenait deux châtellenies, celle des religieuses bénédictines à laquelle était annexée la seigneurie de paroisse, et celle de la Fontaine Saint Martin, autrement dénommée la Ségrairie. 

Les fiefs du Maurier et de la Bourne étaient compris dans la mouvance de ces châtellenies. 

Depuis le XVIè siècle jusqu’à nos jours, le Maurier a été possédé par les familles Guillemeaux, Belin, Aubery, Dorvaux, d’Arlanges, Levebvre des Allayx, Latouche et Ouvrard de Linière. 

En 1609 Benjamin Aubery, qui fut ambassadeur de Louis XIII en Hollande de 1613 à 1624, achète la terre seigneuriale et la maison de la Ségrairie qui tombait en ruines. Il continua comme par le passé, à faire du Maurier son habitation ordinaire. Il garda seulement le titre et les prérogatives de seigneur de la Fontaine Saint Martin ou autrement de la Ségrairie. 

Benjamin Aubery appartenait à la religion réformée, son fils Louis élevé dans la religion catholique par sa mère, lui succéda au Maurier. Ayant eu un différent avec le curé de la Fontaine Saint Martin, il reporta ses libéralités sur l’église de Saint Jean de la Motte et fit lambriser la nef. Il fit construire une sacristie dans laquelle il reservait à sa famille un droit de sépulture. 

Le Maurier passa par mariage à la famille d’Orvaux. Mlle Agathe d’Orvaux épousa en 1799 le chevalier d’Arlanges. Les enfants d’Arlanges vendirent la propriété en 1830 à M. Pierre Henri Lefebvre des Allayx ancien officier du génie maritime et Madame Aimée Jardin son épouse.

M des Allayx agronome distingué se consacra activement à la culture des pins maritimes. En 1842, au mois de mai, il installe un alambic dans les communs du Maurier et distile sa résine avec succès.

Il avait formé le projet de construire une distillerie de résine dans le pré de la Ségrairie, à la sortie du bourg, route de Ligron, mais la mort le surprit le 30 septembre 1842. La veuve de M. des Allayx épousa en deuxièmes noces le 15 janvier 1844 M. François Théodore Latouche. Celui-ci devint conseiller général du canton de Pontvallain en 1848 et Maire de la Flèche en 1852. 

En 1860 M. et Mme Latouche décident de construire un nouveau château sur l’emplacement de l’ancien manoir. La première pierre du Maurier construit d’après les plans de l’architecte Delarue dans le style renaissance, fut posée le 25 octobre 1860 par Monsieur et Madame Latouche. 

Cette dernière devenait veuve l’année suivante, et celui qui avait rêvé et inspiré la construction du nouveau château , ne put pas seulement le voir sortir de terre. A l’extérieur, sur les cheminées on voit des médaillons sculptés représentant Henri IV. Dans le vestibule statue de Henri IV par Bonassieux, reproduction de celle de la Flèche, avec cette inscription « A Monsieur Latouche, la ville de la Flèche reconnaissante ». En montant l’escalier, on peut voir un vitrail représentant les armoiries de six propriétaires du Maurier depuis 1522. 

En 1871 après la bataille du Mans, l’armée allemande occupa le pays. Le duc de Mecklembourg, commandant d’un corps d’armée arrivait le 14 janvier à la Fontaine Saint Martin et s’installait au Maurier pour une durée de près de huit semaines. Pendant ce temps Madame Latouche n’est pas sortie de sa chambre, ne voulant pas voir les Prussiens. 

Madame Latouche décéda le 20 décembre 1889 laissant tous ses biens à M. Jules Joseph Raoul Ouvrard de Linière son cousin. Monsieur Raoul de Linière fils du précédent (1867-1961) est l’auteur de nombreuses recherches historiques sur la Fontaine Saint Martin. 

Légende de la Fontaine-Saint-Martin

Saint Martin, le grand évêque de Tours, s’en allant vers Angers à petites journées sur un âne, accompagné de quelques disciples, s’arrêtait souvent pour annoncer aux païens la parole de Jésus-Christ. 

Arrivé au sein d’une grande forêt située entre Oizé et des forges nommées depuis les Deffais de Vadré, au lieu ou l’on trouve aujourd’hui la paroisse de La Fontaine Saint Martin, il y rencontra son ancien disciple et compatriote, le bienheureux Démétrius. Ils bénirent ensemble la divine Providence qui les réunissait, puis ils chantèrent quelques psaumes à sa louange en se réjouissant de leur heureuse rencontre. 

Au sein de la forêt, un sanctuaire renfermait une idole, la déesse Isis adorée des païens de toute la contrée. Saint Martin et ses compagnons s’y rendirent. Un puissant Seigneur gaulois immolait alors un bouc à la déesse, pour la guérison d’une jeune fille que les démons tourmentaient depuis longtemps. Martin et Démétrius entrèrent dans le temple. A leur vue, les démons firent grand bruit. Un orage épouvantable avec mille éclairs et tonnerre éclata sur la forêt : la terre elle même trembla et l’idole d’une grandeur démesurée, après s’être agitée sur son autel tomba en se brisant. 

Tous les présents furent saisis d’épouvante, mais Saint Martin les rassura. Par ses prières, il fit cesser l’orage, força les démons à prendre la fuite et guérit la jeune fille. Tous les idolâtres furent dès lors, convaincus de la puissance du Dieu annoncé par Saint Martin, ils demandèrent le baptême, ils furent promptement initiés à la foi. 

Mais afin de leur inspirer une juste horreur pour l’idolâtrie, Saint Martin ne voulut pas leur conférer le baptême dans un lieu souillé par tant de sacrifices impies ; il ordonna à tout le monde de sortir du temple. 

Près de là coulait un ruisseau qui faisait marcher une forge ; l’eau n’en parut cependant pas assez pure au saint évêque pour le sacrement qu’il allait administrer. Il adressa alors au ciel une fervente prière, puis frappa de son bâton un rocher voisin, il en fit jaillir une fontaine qui depuis lors porte le nom de fontaine Saint Martin. 

La source qui alimente cette fontaine jaillit au fond d’une cavité creusée dans le rocher, et que la limpidité de l’eau laisse facilement apercevoir dans toute sa profondeur, cette cavité affecte la forme d’un cône tronqué et l’on voit au fond l’empreinte du pied d’un cheval. 

On rapporte à ce sujet qu’un seigneur de la famille de Champagne nommé Bellery, espèce d’esprit fort comme il s’en rencontre quelquefois dans les manoirs du moyen-âge, voulut un jour par dérision, faire boire son cheval dans cette fontaine ou venait prier en pèlerinage le peuple dévot ; mais l’animal ayant posé le pied sur le rocher y enfonça jusqu’à la cuisse et ne put le retirer que son maître, frappé de frayeur, n’ait témoigné son repentir à Saint Martin. Ainsi pourrait s’expliquer la largeur actuelle de la cavité, la légende prétend enfin que Saint Martin donna le baptême en ce lieu à plus de deux mille cinq cent personnes. 

Au moment de son départ pour Angers ou il se rendait, Saint Martin engagea Démétrius à se fixer dans le pays, il suivit ce conseil et mourut étant parvenu à un âge très avancé. Son corps fut déposé dans un oratoire qu’il avait fait bâtir et qui fut dans la suite consacré en l’honneur de Saint Martin. 

En 1818 des ouvriers, employés à creuser les fondations d’une chapelle ajoutée à l’église paroissiale pour l’accroître, retirèrent un sépulcre en pierre de roussard couvert de quatre pierres plates dans lequel étaient des ossements humains, que le disservant jugea « selon toutes les apparences » est-il dit dans le procès verbal, être ceux de Saint Démétrius. 

Les foires

Avant la révolution, la foire de Saint Mathias avait lieu le jour de la Saint Mathias le 24 février. Les années bissextiles elle avait lieu le 25. 

C’était une foire très importante, on y achetait du fil de lin et de chanvre que l’on portait chez le tisserand pour faire de la toile. 

Une halle se trouvait sur la place devant le café actuel. Ce bâtiment fut reconstruit par la dernière prieure Louise Marie Madeleine de Broc. En remerciement de cette construction les habitants établirent une assemblée communale le Dimanche après la Saint Louis. La halle a été démolie en 1892. 

Le 15 juillet 1817, la municipalité prit la délibération suivante : Demande pour faire la foire de Saint Mathias le dernier lundi de février et non au mercredi suivant comme cela se fait depuis quelques années, ce changement fait un tort considérable à notre foire qui se trouve le jour du marché de la Flèche, ainsi que la dite foire fait tort au marché de la Flèche. 

Une autre foire fut fixée au dernier lundi de novembre par ordonnance du roi le 20 octobre 1819. 

Un témoin a dit qu’en 1890 il a vu le marché aux vaches dans la rue du château, les oignons sous la halle, les marchands de fil dans la rue vers la Ségrairie, le marché aux chevaux, aux tilleuls et les cochons au Chêne Vert … 

Ces foires, ont été supprimées vers 1965. 

Louis Simon

Louis Simon né à la Fontaine Saint Martin en 1741 était d’une famille de tisserands, lui-même était étaminier. L’étamine est une étoffe légère en laine. 

Son père sacristain lui avait appris à lire et écrire, ainsi que le plain-chant. Il était musicien et jouait du violon et de la vielle, il a aussi joué du hautbois de la flûte et de la bombarde. 

La première municipalité date du 2 septembre 1787. Louis Simon fils est syndic municipal. Louis Simon père est greffier. 

Le 15 février 1790 assemblée sous la présidence du curé Lelong. Louis Simon fils est élu maire. Il fut le dernier syndic royal et le premier maire de La Fontaine Saint Martin. 

Le 13 novembre 1791 assemblée sous la présidence du curé Vaidye (prêtre jureur) René Paneau est élu Maire. 

Louis Simon a écrit ses mémoires sur un cahier conservé chez ses descendants, il raconte sa vie, ses amours, le village, le couvent etc … 

Comme son père il était aussi sacristain, il est décédé en 1820.  

Ce passé revit dans une thèse d’Anne Fillon « Louis Simon étaminier (1741-1820) dans son village du haut Maine ». Près du château du Maurier on peut voire la maison de Louis Simon. 

Cette maison, a abrité un musée des arts et traditions populaires. Elle a récemment été vendue pour y faire une galerie d’art. 

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